Les prévenu.e.s

Vincent Verzat ????

Vincent Verzat

En procès :

À Paris (75) – le 11/09/2019

Témoignage :

Le 21 février dernier, à la Mairie du 5ème arrondissement de Paris, je tourne une vidéo pendant l’action de décrochage du portrait d’Emmanuel Macron par les activistes d’ANV-COP21. […] A la sortie du commissariat, on me donne ma convocation au tribunal, signée du procureur de la République, pour vol en réunion.

5 ans d’emprisonnement, 75000€ d’amende : c’est ce dont la justice de mon pays me menace pour avoir exercé mon métier.

Je vais m’en tenir aux faits, ceux que je défendrai à mon procès :

Le 21 février dernier, à la Mairie du 5ème arrondissement de Paris, je tourne une vidéo pendant l’action de décrochage du portrait d’Emmanuel Macron par les activistes d’ANV-COP21. Le journaliste de Brut fait un direct dans lequel on me voit en train de filmer. Le jour même, je sors ma vidéo “Sortons Macron !”, des perquisitions sont ordonnées par le procureur de la République, ainsi que des gardes à vue pour plusieurs militants. Mais rien pour moi…
C’est seulement UN MOIS plus tard que je reçois ma convocation au commissariat, pour les faits de “vol en réunion”. Le procureur a eu un mois pour peser le pour et le contre, et a finalement décidé de me poursuivre en pleine connaissance de mon rôle et de mon métier : vidéaste-activiste, exerçant sa mission d’information pour sa chaîne Youtube. Juridiquement, je suis journaliste, puisque je recueille des informations, les vérifie et les rend accessibles au public, à titre régulier et rétribué.

Au commissariat, je suis assigné à un inspecteur spécialisé dans la lutte contre la mafia et le crime organisé. Il a un diplôme de “vieux con” sur le mur, et porte son flingue DANS son pantalon. S’ensuit 8h à résister à ses attaques qui visent à me compromettre. La police MENT, j’en ai fait l’expérience : sur les exigences du formulaire de déclaration d’identité, sur l’ampleur des peines que je risquais pour refuser de donner mon ADN. L’inspecteur a même essayé de m’auditionner sans mon avocat, prétextant qu’il n’arrivait pas à le joindre. J’ai déclaré que j’étais bien présent à la mairie ce jour-là, que je m’en suis tenu à accomplir ma mission professionnelle, en tant que journaliste d’un média associatif, en partenariat avec Médiapart. Et refusant les charges retenues contre moi, j’ai refusé la prise de mon empreinte ADN, la considérant comme une atteinte grave et disproportionnée à ma vie privée.
L’odeur de la cellule, jamais lavée, malgré les vomis des bourrés et la toilette turque, je n’arriverai pas à vous la décrire. Mais ça a été tellement violent que mon cerveau s’est mis en veille, et, le t-shirt sur mon nez en guise de masque à gaz, je me suis endormi.

A la sortie du commissariat, on me donne ma convocation au tribunal, signée du procureur de la République, pour vol en réunion. Le portrait officiel d’Emmanuel Macron est un cadeau de la préfecture aux mairies, n’a rien d’obligatoire et sa valeur est de 8,70€ : la peine que j’encours est de 75 000 € d’amende, jusqu’à 5 ans d’emprisonnement. Mon refus d’ADN, pour lequel ce charmant inspecteur m’avait promis une peine de 3 ans de prison, n’apparaît même pas sur ma convocation.

Les militant·e·s d’ANV-COP21 ont agi à visage découvert, iels étaient en direct sur internet. Pourtant, on apprend dans la presse que le BLAT, le Bureau de Lutte Antiterroriste est mobilisé sur l’affaire. Et qu’on sera jugé dans la 16ème chambre, chambre réservée aux affaires terroristes, un 11 septembre.

En tout, c’est 57 décrocheurs·ses à être poursuivis dans 17 procès, 74 perquisitions, 900 heures cumulées de garde à vue. J’ai déjà fait une dizaine de vidéos pour défendre la légitimité d’actions non-violentes dénonçant l’inaction criminelle de ce gouvernement pour la justice climatique et sociale. Soutien total aux activistes.

Ce que je souhaite que vous sachiez, c’est que plusieurs journalistes ont été convoqué·e·s au commissariat, ou empêché·e·s de faire leur travail par la police dans le cadre de ces actions de décrochage, et plus largement sur tous les sujets “qui dérangent”. Il y a en France un climat de répression des journalistes, principalement indépendants et de terrain, qui dure depuis plusieurs mois. La situation est telle que l’Association de la Presse Judiciaire et le Syndicat National des Journalistes ont édité pour la première fois le “Guide de défense du journaliste” rappelant nos droits et libertés fondamentales qui nous protègent dans l’exercice de notre métier. La répression policière et judiciaire qui s’abat sur moi et des dizaines d’activistes du mouvement climat aujourd’hui me fait encore plus ouvrir les yeux sur une situation bien préoccupante dans notre pays : la collusion entre la justice et le gouvernement, les efforts d’amalgame entre le militantisme non-violent et le grand banditisme, les poursuites-baillons des journalistes indépendants et engagés. Tout prouve que ce procès est politique, pas judiciaire.

Je suis prêt à faire face à la justice de mon pays. Je vais pas me laisser intimider par la froideur du tribunal.

Mais pour leur rappeler l’erreur qu’ils ont fait, pour s’assurer qu’ils s’en souviendront, il va falloir que vous, dehors, sur les réseaux sociaux, vous fassiez du bruit ce mercredi 11 septembre. Mes co-prévenu·e·s  CécileMarionThomasEmmaFélixEtiennePauline, Alma et moi-même avons besoin de votre soutien !

Viens pour la grande mobilisation au procès le Jour J : https://www.facebook.com/events/878973822436322/
Contribue financièrement à l’organisation de cette journée de mobilisation : alternatiba.eu/paris/proces
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