Les revendications

Les revendications

Pénurie d’eau à Cape Town, vagues de chaleur mortelles en Inde, sécheresses et baisse de productivité agricole en France… Nous avons atteint un niveau de réchauffement de la température globale de la Terre de +1°C1, et le dérèglement climatique a déjà des conséquences dramatiques pour des millions de personnes. Nous sommes entrés dans la 6ème extinction de masse avec des disparitions croissantes d’espèces végétales et animales, indispensables à l’équilibre de notre biosphère.  Un réchauffement climatique global de +1,5°C d’ici à la fin du siècle détériorera gravement les conditions de vie de l’espèce humaine sur Terre, et les trajectoires politiques actuelles nous mènent à un niveau de réchauffement d’au moins +6,7C selon les dernières études de la communauté scientifique. Nous menons une bataille pour nous assurer la possibilité d’avoir des conditions de vie décentes sur terre. Dans cette bataille, chaque dixième de degré compte, et la victoire est conditionnée par les choix politiques faits aujourd’hui.

1. Dire la vérité

L’Etat doit dire la vérité sur le niveau de réchauffement auquel conduit la politique qu’il mène actuellement, et ses impacts à venir en France et dans le monde pour les générations présentes et futures.

Nous exigeons du gouvernement français qu’il tienne un discours de vérité sur l’urgence et la gravité du dérèglement climatique. 

Il doit reconnaître que les politiques qu’il mène actuellement sont totalement insuffisantes pour sortir de la trajectoire réelle mondiale de 6,7 °C voire plus de réchauffement global, alors que les signataires de l’Accord de Paris se sont engagés sur un objectif de contenir le réchauffement à bien moins de 2°C d’ici à 2100, et d’oeuvrer en direction de +1,5°C  

Emmanuel Macron doit mettre impérativement fin à son double discours : il est irresponsable que la France se positionne comme leader mondial sur le climat, tout en conduisant une politique qui ne vise pas à contenir le réchauffement global à +1,5 degrés d’ici à 2100 par rapport à l’ère préindustrielle (deuxième moitié du 19ième siècle).

La crise climatique, dont les pays industrialisés sont les principaux responsables, est une menace pour nos vies. En tant que 6ème puissance économique mondiale, la France doit réellement montrer l’exemple et la voie pour convaincre les autres pays de respecter leurs engagements pris avec l’Accord de Paris et respecter la “part équitable” de l’effort climatique qu’il doit mener au vu de sa responsabilité historique.

Avec une espérance de vie de 80 ans, celles et ceux qui naissent et vivent aujourd’hui ont une forte probabilité de connaître l’invivable. Le Président devra également assumer que le maintien de notre modèle de société actuel – capitaliste, productiviste et consumériste – menace les conditions de vie des populations d’autres pays et de toutes les espèces vivantes. 

Quelques exemples non exhaustifs :

  • D’ici 2030, le changement climatique va d’ores et déjà faire basculer 100 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté [1] (+1,5°C)
  • Plus de 280 millions de personnes vont devoir quitter des régions submergées par la montée des eaux [2] (+2°C) et d’ici à 2050, plus de 200 millions de personnes vont être réfugiées climatiques[3] notamment car des régions entières du globe vont devenir inhabitables.
  • Un million d’espèces animales et végétales, soit une sur huit, risquent de disparaître dans les prochaines années de la surface de la Terre ou du fond des océans. Le dérèglement climatique joue un rôle majeur dans l’accélération de l’extinction de la biodiversité.
  • A ce jour, la France ne met pas en place les mesures d’adaptation nécessaires pour absorber les chocs du dérèglement climatique. [5]

II. Être à la hauteur de l’enjeu climatique

La France doit mettre en place dès aujourd’hui des mesures ambitieuses et radicales dans tous les secteurs, nécessaires pour s’aligner sur une trajectoire compatible avec un réchauffement climatique limité à +1,5°C.

Le gouvernement français s’est donné une feuille de route pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre : la Stratégie Nationale Bas Carbone. La trajectoire actuelle de la SNBC est déjà en deçà des objectifs de l’Accord de Paris, ratifié par la France. Le gouvernement doit donc dès aujourd’hui a minima adopter l’ensemble des mesures qui y figurent, notamment en mettant en place les moyens financiers nécessaires à sa mise en oeuvre. 

La France doit prendre des mesures d’urgence comme l’arrêt des projets incompatibles avec le maintien du réchauffement à +1,5°C, par exemple : l’extension d’aéroports comme l’aéroport Charles de Gaulle, les nouveaux projets autoroutiers comme le Grand Contournement Ouest de Strasbourg, la construction de grandes zones commerciales comme Europacity ou le déploiement de nouveaux entrepôts Amazon, la multiplication des traités de libre échange comme le Tafta, le CETA, l’accord avec le Mercosur …

Une fois ces mesures d’extrême urgence adoptées, sans lesquelles rien ne sera possible, le gouvernement doit lancer des chantiers structurels permettant une baisse rapide et drastique des émissions de gaz à effet de serre sur le territoire dans tous les secteurs, en se basant sur des études concrètes comme le rapport B&L Evolution. Par exemple : 

  • dans le secteur des transports, la mise en circulation de 50% de trains supplémentaires d’ici 2030 et la suppression des lignes internes d’aviation disposant d’une alternative par la route ou le fer en moins de 4h dès 2022. 
  • dans le secteur de la consommation, plafonner les mises en marché textile à 1 milliard par an dès 2022 et interdire la publicité sur les produits fortement émetteurs de GES : viande, aviation, textile, électronique, streaming, dès 2020.
  • dans le secteur de l’alimentation, diminuer la consommation de viande de 10% par an à partir de 2020 pour atteindre 25 kg par personne et par an en 2030 contre environ 90 kg aujourd’hui.


III. Garantir la justice sociale

La suppression des privilèges accordés à une minorité doit être immédiate, et s’accompagner de mesures d’accompagnement pour les personnes les plus précaires et les plus vulnérables au dérèglement climatique.

Les mesures nécessaires pour aligner la France sur une trajectoire compatible avec un réchauffement de + 1,5°C d’ici à la fin du siècle supposent de profondes et rapides mutations, qui pèseront sur les populations les plus précaires si elles ne sont pas accompagnées socialement. 

Les conséquences du dérèglement climatique en France sont déjà visibles et vont continuer de s’amplifier. Des milliers de Français subissent déjà les effets du réchauffement (vagues de chaleur plus longues et intenses, précipitations plus fortes et inondations plus fréquentes, multiplication des incendies, etc.). Comme évoqué dans le rapport d’information sénatorial “Adapter la France aux dérèglements climatiques à l’horizon 2050 : urgence déclarée”, les politiques d’adaptation de la France sont insuffisantes. Il est désormais urgent de mettre en place des mesures d’adaptation pour permettre aux populations les plus vulnérables d’absorber les chocs liés aux dérèglements climatiques. 

Le gouvernement doit donc : 

1. Accompagner socialement la transition sur le plan de la fiscalité

Ces profondes mutations ne pourront avoir lieu sans taxation de la pollution. Néanmoins, c’est l’ensemble de la fiscalité qu’il faut refonder pour qu’elle soit à la fois écologique et sociale, notamment en mettant en place une Cotisation Climat Solidaire [6] : une taxe écologique qui a pour but de rendre plus cher ce qui est polluant, de soutenir les alternatives qui permettent de décarboner notre société,  et de compenser les surcoûts pour les secteurs les plus pauvres. 

2. Accompagner socialement la transition sur le plan des emplois 

S’aligner sur une trajectoire compatible avec le maintien du réchauffement à +1,5°C suppose une reconversion de grande ampleur du marché de l’emploi. Il faut mettre en place, dès aujourd’hui, l’équivalent d’une économie de guerre. Par conséquent, pour chaque secteur mentionné dans le rapport de B&L Évolution, un plan d’accompagnement des mutations dans les différentes filières doit être pensé et financé. Ces reconversions professionnelles doivent être accompagnées sans remettre en cause les acquis sociaux des différentes branches, au contraire elles doivent être l’occasion de mieux protéger certains travailleurs aujourd’hui vulnérables.



1. Banque mondiale, Shock Waves: Managing the Impacts of Climate Change on Poverty, novembre 2015

2. Benjamin Strauss, Scott Kulp, Anders Levermann (2015). Mapping Choices: Carbon, Climate and Rising Seas –Our Global Legacy. Climate Central 

3. Organisation internationale des migrations : http://publications.iom.int/system/files/pdf/mrs-31_fr.pdf

5.  Rapport sénatorial : adapter la France aux dérèglement climatique d’ici à 2050, urgence déclarée https://reporterre.net/IMG/pdf/20190516_climat_rapport_synthese.pdf

6. https://reseauactionclimat.org/contribution-climat-solidaire/