Les prévenu.e.s

Charles Thonon đź’¬

Charles Thonon

Charles Thonon

En procès :

Ă€ Strasbourg (67) – le 22/10/2020

TĂ©moignage :

J’ai participé à l’opération #DécrochonsMacron à Lingolsheim le 29 juillet 2019, pour rappeler que les défis écologiques doivent aussi passer par une modification du rapport de notre société au social, au politique, à la condition des femmes et des minorités, mais aussi par un changement profond de la finalité du travail et du système économique.

L’État s’est désengagé de sa fonction politique pour la remplacer par une fonction entrepreneuriale, il voudrait que nous soyons tous conditionnés à entretenir son mythe néolibéral de croissance infinie duquel il n’y aura que des perdants, tôt ou tard.

Les politiciens peuvent se cacher derrière leur communication, leur langue de bois et leurs apparences, la réalité c’est que le dialogue et le débat sont morts.

La dĂ©putĂ© LREM Christine CLOAREC a publiĂ© Ă  la suite de son vote en faveur du CETA un tweet qui en dit très long sur le rĂ©sonnement Ă©litiste : « Au lieu d’agiter les peurs sur les Ă©ventuels impacts nĂ©gatifs #CETA, vous devriez questionner l’engagement de chacun au quotidien. Consommer local, cuisiner, rĂ©duire et trier ses dĂ©chets, marcher, partager sa voiture etc … Regardons nous vivre avant de donner des leçons #Ă©cologie. ».

C’est ainsi que notre système politique fonctionne : on met en place des mesures systémiques et on renvoie les conséquences et les responsabilités à l’échelle individuelle.

Les politiques viennent ensuite s’étonner que face à des injonctions paradoxales, la désobéissance civile s’amplifie et les mouvements sociaux s’intensifient. Le seul réflexe dont ils sont capables est de répondre par la répression plutôt que d’ouvrir les yeux sur l’origine du problème.

La logique néolibérale repose sur le principe d’inversion des causes et des conséquences :

  • Selon les nĂ©olibĂ©raux, les problèmes Ă©cologiques auraient pour origine les comportements des consommateurs. Mais ces comportements ne sont ils pas aussi conditionnĂ©s par des facteurs encouragĂ©s par la politique? Les crĂ©anciers dĂ©veloppent des stratĂ©gies pour crĂ©er des nouveaux besoins, ils sont encouragĂ©s voire subventionnĂ©s par l’Etat, le nouveau marchĂ© est imposĂ© parfois contre la volontĂ© populaire (je pense au GCO) et une fois qu’on ne peut plus faire marche arrière, il n’y a qu’à plus qu’à rĂ©torquer qu’il ne fallait pas consommer.
  • La suspension de la consommation des produits non essentiels pendant le confinement n’a fait baisser le Co2 que de 8%, c’est bien la preuve que le problème n’est pas qu’une cause individualiste.
  • Est-ce que consacrer du temps et des efforts pour acheter bio, local et sans dĂ©chets a du sens tant que la Politique Agricole Commune fera en sorte que ce qui pollue soit la seule chose Ă  portĂ©e de main et du portefeuille de l’ensemble de la population ?
  • Est-ce qu’il faut s’étonner des comportements individualistes quand le fonctionnement Ă©litiste de l’institution scolaire fabrique de la dĂ©fiance dans les esprits des Ă©lèves?
  • Comment critiquer la surconsommation quand le principe de la monnaie-dette encourage la surproduction de superflu ? La finalitĂ© du travail perd tout son sens, mais on s’étonne qu’il y ait des burn out, des dĂ©pressions et des suicides. Entre 1945 et 1950, la dette Ă©tait supĂ©rieure Ă  200% du PIB, elle a Ă©tĂ© supprimĂ©e en quelques annĂ©es, ce qui n’a pas empĂŞchĂ© de reconstruire le pays des dĂ©gâts de la guerre et d’instaurer les conquis sociaux.
  • Selon les nĂ©olibĂ©raux, le chĂ´mage aurait pour origine les comportements des chĂ´meurs. Le chĂ´mage n’est il pas une aubaine pour baisser les salaires et crier Ă  la
    « compétitivité » avec les pays où les travailleurs sont encore plus exploités ? Et si il y a des chômeurs qui ne veulent pas travailler, ne faudrait pas se poser la question du pourquoi ? Le confinement a mis en lumière le fait que plus un métier est essentiel, moins il est rémunéré : la valeur économique qu’on accorde à un travail est une question de pouvoir, elle dépend de la valeur qu’il apporte à l’actionnariat. C’est ainsi qu’une infirmière gagne des clopinettes, que les femmes sont moins payées que les hommes, que les agriculteurs sont poussés au suicide : Qui veut vivre dans ce monde du travail ? Même la fonction publique, qui devrait pourtant être épargnée par la question de la rentabilité subit une pression bureaucratique énorme.
  • Selon les nĂ©olibĂ©raux, la dĂ©linquance aurait pour origine les comportements communautaristes. Mais est-ce que l’élitisme n’est il pas la première forme de communautarisme ? La dĂ©linquance n’est elle pas d’abord la consĂ©quence de la pauvretĂ© ? OĂą sont les Ă©tudes qui dĂ©montrent qu’en rĂ©solvant la pauvretĂ©, on a une incidence notable sur l’usage de drogues, l’échec scolaire, l’obĂ©sitĂ© … alors qu’en gĂ©rant la dĂ©linquance au cas par cas, notamment par la rĂ©pression policière, on n’obtient que des rĂ©sultats mitigĂ©s ?
  • Ne devrait-on pas, lorsqu’on connait des crises identitaires qui mènent au terrorisme, organiser Ă  l’échelon national des rencontres entre les diffĂ©rentes communautĂ©s pour qu’elles apprennent Ă  se connaitre plutĂ´t que de se contenter de laisser l’opportunisme Ă©lectoraliste agiter les peurs, nourrir les divisions et le fascisme?

Nous avons ici des exemples de caractéristiques de ce qu’on appelle le « système » : il n’y a aucune finalité, seulement des objectifs financiers à court terme. Les décideurs politiques se dédouanent de leurs décisions systémiques en désignant les citoyens comme coupables. C’est pour cela que j’ai accepté de participer au décrochage du portrait, car je pense que c’est tout un paradigme politique que nous devons repenser.

La crise du covid nous a tous touché de plein fouet et les conséquences économiques qui vont en découler vont certainement être dévastatrices. Le système financier en est le premier responsable. Malheureusement, nous vivons une autre crise : celle de la coopération. Depuis trop longtemps, les institutions qui ont prôné le néolibéralisme nous ont isolés et nous ont conditionnés à nous méfier les uns des autres : le fatalisme et le cynisme sont trop présents dans la société. Aujourd’hui, les conséquences de ces politiques se traduisent par une crise identitaire qu’il nous faut combattre par un meilleur récit et par une vigilance des finalités des décisions politiques. Ce n’est qu’en repensant la manière d’intégrer les citoyens lambda dans le processus de décisions politiques qu’on pourra construire un avenir écologique et social.