Les prévenu.e.s

Philippe Muraille đź’¬

Philippe Muraille

En procès :

Ă€ Bourg-en-Bresse – le 28 mai 2019

TĂ©moignage :

Je m’appelle Philippe et j’ai 63 ans . Les trois premiers quarts de ma vie, je les ai vĂ©cus « normalement » dans un monde, de mon point de vue, « normal ». Je veux dire par lĂ , bien que conscient des injustices de toutes sortes, de tous les affres de la condition humaine qui, depuis des millĂ©naires, accompagnent nos vies d’espĂ©rances, il existait Ă  mes yeux un socle intangible qui permettait d’envisager de bâtir un monde rĂ©ellement meilleur. Ce socle Ă©tait entre autre constituĂ© par l’assise planĂ©taire, au sens large, qui devait permettre Ă  chaque ĂŞtre vivant de trouver les conditions nĂ©cessaires Ă  sa survie.

Par ailleurs, mon mĂ©tier de gĂ©omètre du Cadastre me plaisait et je m’impliquais syndicalement pour sauvegarder le service public correspondant. J’ai Ă©tĂ© aussi longtemps actif Ă  la Frapna RhĂ´ne. Ma vie personnelle Ă©tait jalonnĂ©e d’Ă©checs et de rĂ©ussites, et j’Ă©tais Ă  l’Ă©coute des Ă©volutions sociĂ©tales.

Le matin,j’ouvrais les volets et me disais : « il va faire beau aujourd’hui (ou le contraire) ». Les oiseaux gazouillaient au printemps, butinaient les abeilles et papillonnaient les papillons. Les insecte pollinisateurs visitaient les fleurs impatientes Ă©taient mangĂ©s par les oiseaux, qui eux-mĂŞme Ă©taient croquĂ©s par ….etc….Bref, ça au moins, ça tournait (Ă  peu près) rond !

Le tournant, pour moi, l’Ă©veil de ma conscience, fut la canicule de l’Ă©tĂ© 2003. LĂ , je me suis dit : « ça ne tourne plus rond » et depuis, j’ai assistĂ©, d’abord impuissant, Ă  la dĂ©gradation accĂ©lĂ©rĂ©e de notre cadre de vie. Le rĂ©chauffement climatique s’est amplifiĂ© et la biodiversitĂ© a commencĂ© Ă  s’effondrer, quasiment en direct sous nos yeux. J’ai longtemps repoussĂ© le moment de m’engager rĂ©ellement, ne sachant pas Ă  quelle porte frapper, et ressassant dans mon coin mes inquiĂ©tudes et mes tourments. J’ai dĂ©couvert Alternatiba il y a quelques annĂ©es, et dès que j’ai su qu’un groupe local se montait Ă  Villefranche, je m’y suis engagĂ©, emboĂ®tant dans la foulĂ©e la deuxième jambe de ce mouvement dĂ©diĂ©e Ă  la dĂ©sobĂ©issance civile : ANV COP -21.

Après bien des actions de mobilisation et de sensibilisation, je n’ai pas hĂ©sitĂ© Ă  m’investir dans l’action de dĂ©sobĂ©issance civile qui a consistĂ© Ă  « dĂ©crocher » le portrait officiel d’Emmanuel Macron, le 2 Mars 2019 en Mairie de Jassans Riottier, comme cela a Ă©tĂ© fait depuis le dĂ©but de l’annĂ©e dans quarante autres mairies. Moi et mes camarades activistes climatiques promettons de le rendre dès que notre PrĂ©sident tiendra les engagements de la Cop 21 que la France a , comme tant d’autres pays, ratifiĂ©s. Car tout le problème est lĂ  : les engagements ne sont pas tenus, les Ă©missions de GES progressent, et c’est tout l’avenir du vivant qui s’inscrit en pointillĂ©.

Je suis convoquĂ©, avec les cinq autres activistes, au Tribunal Correctionnel de Bourg en Bresse le 28 Mai 2019 pour rĂ©pondre de cette « infraction », risquant jusqu’Ă  5 ans de prison et 75000 euros d’amende. Alors, j’ai besoin de vous et de votre soutien. Devant l’aveuglement de nos Ă©lites politiques, nous devons ĂŞtre nombreux ce jour lĂ  afin de faire de ce procès, le procès de l’inaction politique face Ă  l’urgence climatique. Nos gouvernants doivent comprendre qu’un grand pan de la sociĂ©tĂ© est maintenant mobiliser pour sauver la planète. Le procès de Bourg en Bresse va ĂŞtre le premier du genre, et c’est pour cela que la mobilisation autour de ce procès revĂŞt une haute valeur symbolique. Pour dire avec force : « changeons le système, pas le climat ».